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Un silence qui en dit long…

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J’ai les doigts sur le clavier… Rien! Pas un mot. Rien.

Juste le vide et ce sentiment d’être totalement perdue, sans recours, sans voix… J’ai l’impression de m’être perdue sans trop savoir vraiment à quel moment. De nombreux événements me viennent en tête, mais aucun ne peut vraiment justifier ce trou que je constate.

Je le regarde du coin de l’œil. Qu’ai-je bien pu lui trouver ?! Dire « rien » serait un mensonge. Ce n’était guère une affaire de beauté, de style ou d’avoirs, mais plutôt de personnalité, de cœur, d’humanité cachée… Peut-être avais-je des problèmes visuels en fin de compte. Mes repères étaient sans doute faussés à force d’avoir trop côtoyé des spécimens à problèmes, en partant de ce géniteur qui n’avait de « père » que le nom pour arriver à ce phénomène trompeur m’ayant ensorcelée par sa réserve pour aboutir à… ça! Cet être particulier sur qui j’ai misé mes dernières années, mes dernières espérances.

Je le regarde et je me rappelle des larmes versées, des mensonges tissés, empêtrés, enroulés, mélangés au point de devenir sa propre réalité. Je le regarde… Lui ? Il ne me voit pas, trop entortillé dans ses pensées et ses fantasmes, trop embrouillé dans ses tours de passe-passe, dans ses cachoteries à même la peau. Je détourne le regard et le reporte vers le paysage environnant, les doigts posés sur ce clavier, le cœur trop lourd à force de penser.

  • Chérie…
  • ..?
  • Tu boudes ?
  • Mmh… !
  • Qu’est-ce qui ne va pas ?

Silence…

Comment te dire ? Mais qu’est-ce qui ne va pas ? Vraiment ?! Que sais-je ?

Voyons un peu ce qui ne va pas. Ces appels inconnus que je fais semblant d’ignorer. Ces surnoms que je croyais précieux mais qui ne le sont pas en fin de compte…rien qui ne sorte, au final, de l’ordinaire. Mon nom… ce nom qui devient un mot de passe pour signifier tes batifolages. Quoi ? Tu ne me croyais tout de même pas si sotte pour ne pas m’en rendre compte ! Quand même !

J’ai un goût amer à la gorge, ce même goût qui resurgit à chaque souvenir, à chaque impair, à chaque impasse. J’ai un goût amer au cœur, ou devrais-je dire une brûlure pure et simple qui me tenaille tel un déchirement en mon sein. J’ai tellement envie de te faire mal, de t’arracher ces mots qui me libèreraient, oui ces aveux retenus qui m’étouffent…

  • Chérie…
  • ..?
  • Qu’est-ce qui ne va pas ?
  • Rien…

Que voudrais-tu que je te dise au fait ? Sérieusement ! Que pourrais-je dire que tu ne saches déjà?

Soyons honnêtes pour une fois, juste une toute petite fois ! Si, bien sûr, tu t’en sens capable. Je peux tout accepter, mais pourvu que je sache. Je veux savoir à quoi m’en tenir, savoir ce qui est en jeu, savoir qu’au moins, en cela, je suis différente, savoir que tu peux en parler en ma présence sans craindre mes critiques puisque je SAIS. Mais c’est trop te demander, n’est-ce pas ? T’es-tu déjà demandé quel en serait le sens si déjà je savais ? Quel en serait le sens si ton interdit était ouvertement permis ? Quel en serait le sens? C’est bien, là, la question. Cette pulsion, ce désir de l’incorrect, cette attirance pour la luxure, pour la double vie… c’est bien cela qui t’attire, non ? Menteur et joueur ! Tu le dis ouvertement de toi-même, comme si cela était une excuse, comme une identité que tu assumes, comme une carte de visite que tu m’imposes. Menteur et joueur. Comme une bande-annonce, un prétexte de plus pour me signifier que je savais dans quoi je m’embarquais initialement. Menteur et joueur. Mais, arrêtons là, les prétextes hein ! J’ai été assez naïve pour toute une vie.

  • Chérie…
  • Quoi ?
  • Tu parais perdue dans tes pensées… lointaine et tu m’ignores en plus.
  • Je ne t’ignore pas. Je réfléchis. C’est tout.
  • Ok… A quoi ?
  • A beaucoup de choses…
  • Tu réfléchis à quoi ?
  • Tu n’as vraiment pas envie de savoir.

Et si je te disais vraiment, mais vraiment, pour de vrai, concrètement, ce qui me passait par la tête ? Et si je te disais que je brûle d’envie de te dire « merde », de te faire mal, de te lancer toutes tes balivernes au visage, de t’engueuler pour ne pas être assez homme pour pouvoir m’accorder l’unique chose que je te demande : un minimum de respect.

Je ne puis t’interdire tes frasques. J’ai fait la paix avec cette blessure. J’en suis arrivée à la conclusion que tes gènes, ton ADN, ton code chromosomique, tout ce qui fait de toi un être humain semble ne pas pouvoir se passer de cette saleté. Que dis-je ! Pardonne le terme. « Habitude » serait plus approprié n’est ce pas ? Ce n’est pas moi le problème. Des mois de larmes m’ont conduite à cette conclusion. Ce n’est pas moi le problème. C’est plutôt ton manque de retenue, ta tendance vers ce charisme séducteur, ton penchant pour le malsain, pour la débauche. C’est ça, le problème. Ce n’est pas moi ! Je ne t’en blâme presque plus. Bien que je continue de croire que tu aurais pu si tu avais voulu… tu aurais pu si ce semblant d’avenir commun était aussi important pour toi que tu le prétends.

Me forcer au silence est une mort à petit feu. Mais qu’y faire ? Te parler ou me taire, cela revient au même. Tu ne diras mot ou tu en diras juste assez pour me mettre le sang en feu par les non-dits, les mots nuancés, les propos à sens multiples… Alors, autant se taire. Mais cela te dérange quand je me tais. Cela t’embête, te dérange, te démange de ne savoir en vrai mes découvertes, mes pressentiments confirmés, mes doutes affirmés … que tu vas d’ailleurs nier avant même que je ne les énonce.

  • Chérie…
  • Qu’y-a-t-il ?
  • Ce serait à moi de te le demander….
  • Ah bon ?
  • Sérieusement, parle-moi. Qu’as-tu ?

Ce que j’ai ?… Ce que j’ai… Mais rien justement. J’ai les mains vides… des espoirs déçus, des rêves gâchés, une patience non récompensée, des injures déguisées. Tu prétends si bien… Tu mens si bien… Cela se comprend clairement que je sois tombée dans ce piège. Et Dieu seul sait ce qui aurait pu se passer si ce fameux jour… Mais que dis-je ! Suis-je bête ? Qu’est ce qui me dit que ta double vie ne bat pas son plein encore plus intensément qu’avant ? Qu’est-ce qui me permet de croire qu’un expert de ton envergure se laisserait intimider par une puritaine de mon genre ! Que je te dise ce qui ne va pas ! Tu le demandes ? Non ! Tu l’exiges ! Car tu ne peux concevoir de ne pas avoir le contrôle de tout et sur tout ! Comme si tes escapades ne te suffisaient pas, il te faut aussi avoir à ton actif une ingénue que tes conquêtes peuvent tourner en ridicule durant vos ébats. Comme j’ai été bête… Je saigne d’une plaie non-ouverte, une plaie que je ravive à chaque fois que je me permets de faire montre d’un semblant de vulnérabilité…

Sur cette route si habituelle, je te regarde… Mais je ne te vois plus… La vie m’offre une porte de sortie. Je m’y jetterai ! En larmes, en lambeaux, le cœur en sang, l’âme déchirée… Je m’y lancerai car je sais que malgré tout, avec toi ou sans toi, je survivrai. Mon identité ne se limite pas à ta présence. Elle est dans ce qui a fait de moi ta proie parfaite. Ce choix, je le ferai, bon gré, mal gré, et de loin, je t’observerai. Car, ce sera alors à ton tour de te tordre seul dans ton coin. J’espère qu’alors tes cumuls en vaudront la peine ! Vois-tu, même au fond de ma peine, je sais me montrer humaine, même envers ton engeance.

De loin, je pourrai peut-être te pardonner, mais en attendant ce jour, je dois quand même te remercier de m’avoir transformée, d’avoir contribué à métamorphoser la petite fleur fragile des champs en chêne magistral pouvant tenir tête aux ouragans. En cela, oui, tu m’as été utile. Les larmes n’ont pas été veines au final.

Je te regarde… Et tout à coup, je souris. Nos regards se croisent et dans le tien, je lis des lendemains où mon angoisse se fera tienne.

Je sourirai, tu frémiras et alors, rien qu’alors, tu comprendras l’étendue de cet amour qui s’est mué en ce quelque chose ne s’apparentant même pas à la haine, mais tournant plutôt vers… l’indifférence.

Shedlie Monfort

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