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Témoignages d’Haïtiens en RD: «Si la police vous trouve dans les rues, vous allez dormir en prison»

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À date, la République dominicaine est le pays de la Caraïbe à avoir enregistré le plus de cas « officiel » de COVID-19

La République Dominicaine demeure la destination touristique préférée des Caraïbes.

Six millions de visiteurs alimentent l’industrie qui compte pour environ 12 % du produit intérieur brut du pays. C’est aussi parmi des touristes venant respectivement d’Italie et du Canada que l’autre moitié de l’ile a enregistré ses deux premiers cas de contamination au Coronavirus, fin février dernier.

À l’époque, les médias locaux rapportaient les appels au calme du ministre de la Santé publique, Rafael Sánchez Cárdenas. Mais le ton a changé dès le début du mois de mars 2020 quand des dominicains n’ayant pas voyagé devenaient malades. Ce qui a obligé les autorités à prendre des mesures.

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Des Haïtiens vivant aux pays voisins rapportent, entre autres, l’instauration d’un couvre-feu renforcé par l’armée , des milliers d’arrestations, la suspension des transports publics, l’interruption des activités commerciales et la fermeture des frontières durant 15 jours. Au 1er avril, le pays affiche 1 284 infections pour une soixantaine de morts.

Christell G. Fillipi, une infirmière haïtienne qui habite en République Dominicaine depuis 16 ans explique que le gouvernement donne à manger aux plus démunis et a augmenté le montant qu’ils reçoivent ordinairement via leur carte de solidarité.

En place du 1er avril au 31 mai 2020, ces accompagnements tiennent compte du degré de vulnérabilité des citoyens. Par exemple, ceux qui souffrent du cancer, de la tuberculose ou du SIDA sont mieux lotis. Des mesures d’assouplissement du paiement des impôts ont également été prises.

«Quédate en casa»

Le gouvernement a mis en place au niveau national le plan « Quédate en casa » ou « Restez à la maison », raconte Woo-Jerry Mathurin, un étudiant haïtien en Psychologie en terre voisine.

Ce plan va de pair avec l’état d’urgence décrété sur le territoire par le président Danilo Medina Sánchez, la suspension des activités commerciales et la fermeture des frontières. Le confinement de la population n’est cependant pas à l’ordre du jour.

 «Il n’y a pas de transport public, les rues sont vides et le peu de chauffeurs de taxi-moto sur la route demandent les yeux de la tête pour une course», explique Woo-Jerry Mathurin.

Un policier arrête un automobiliste pendant le couvre-feu ce lundi 30 mars en République dominicaine. Photo: EFE / Orlando Barría

Le pays était à 202 infections le 22 mars 2020 lorsque le gouvernement a annoncé l’interdiction des opérations en face à face avec des entités non gouvernementales qui offrent des services publics non essentiels, tels que les chambres de commerce et de production.

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Le ministre de la présidence, Gustavo Montalvo, encourage ses concitoyens à travailler en ligne.

Par exemple, 70 centres d’appels comptant 23 000 employés, qui fournissent des services à d’autres entreprises basées aux États-Unis, en Amérique latine et en Europe, sont fermés. Les seules exceptions concernent les entreprises qui peuvent mettre en œuvre un système de télétravail.

« Il y a une semaine de cela, le couvre-feu était de 6 heures du matin pour 8 heures du soir», explique Kendy Bélizaire, un étudiant haïtien en République Dominicaine. «À cause de la propagation du virus, qui ne fait qu’augmenter, les autorités l’ont instauré de 6 heures du matin à 5 heures de l’après-midi, désormais», étale Bélizaire.

Certains journaux parlent de la suspension de l’enseignement public et privé jusqu’au 13 avril 2020, mais aucune date officielle n’est encore communiquée pour la fin du couvre-feu, raconte Woo-Jerry Mathurin.

L’armée dans les rues

Les autorités dominicaines utilisent l’armée et la police nationale pour établir des postes de contrôle un peu partout à travers le pays.

Selon le ministre des Forces armées, le lieutenant-général Darío Paulino Sem, l’objectif est d’éviter la circulation inutile de voitures et de personnes. Cette mesure concerne des ponts comme le Juan Bosch, ainsi que d’autres points d’accès entre Santo Domingo est et nord.

 «Tout le monde le sait maintenant, si la police vous trouve dans les rues à 5 heures de l’après-midi vous allez dormir en [prison]», fait savoir Christell G. Filippi.

Malgré tout, « tous les Dominicains ne réagissent pas favorablement à ces mesures, surtout les jeunes qui ne comprennent pas que c’est pour leur bien », rajoute l’infirmière.

Pour faire respecter ces mesures, le gouvernement a dû user de la force. Au total, près de 20 000 personnes ont été arrêtées en 11 jours pour violation du couvre-feu.

300 tests par jours

Le 18 mars 2020, deux laboratoires privés ont été autorisés par le gouvernement dominicain pour effectuer des tests de COVID-19.

Selon le protocole en place, les personnes venant de pays où le virus circule ou qui ont été en croisière doivent être testées. Les gens qui présentent deux ou plusieurs symptômes associés au virus ou ceux qui ont été en contact avec d’autres personnes infectées par le Coronavirus seront aussi investigués, explique Bélizaire.

Les deux laboratoires privés, accrédités par le gouvernement dominicain pour réaliser ces tests, sont saturés dès le 26 mars 2020.

Dans Diario libre, le ministre de la Santé de la République dominicaine a déclaré qu’environ 300 tests sont effectués chaque jour dans tout le pays. Malgré cela, «le pays n’a pas la quantité de kits pour le diagnostic nécessaire», d’après Diaro las americas.

Hier mardi, le ministre Cárdenas a fait un appel aux prestataires internationaux.

Une société sud-coréenne de solutions de diagnostic, Genbody, va d’ailleurs vendre à la République dominicaine 30 000 tests de COVID-19 avec une précision comprise entre 96 % et 100 %. Ces tests nécessitent une ou deux gouttes de sang comme échantillon et les diagnostics prennent moins de 10 minutes, par rapport aux tests réguliers qui prennent environ 6 heures.

Les hôpitaux débordés

Entre-temps, les hôpitaux subissent un afflux important de malades et se trouvent dans l’incapacité de recevoir tous les patients. La majorité des cas d’isolement pour les personnes infectées par le virus se fait à domicile.

Mardi 31 mars 2020, le ministre de la Santé publique a fait savoir que parmi les personnes infectées, 127 sont en isolement hospitalier et 926 sont à chez eux.

Les hôpitaux doivent notifier immédiatement au ministère de la Santé publique les cas identifiés, prélever des échantillons conformément à un protocole bien établis. La liste de ces hôpitaux est publique confie Bélizaire qui révèle que les autorités policières s’assurent que la personne mise en quarantaine reste chez elle.

À la guérison du patient, l’État exige la réalisation de deux tests consécutifs donnant des résultats négatifs au COVID-19. À date, la République Dominicaine connait 57 morts, 1 284 cas confirmés et 9 guérisons.

Reportage: Les étudiants haïtiens enrichissent les universités dominicaines

Hier mardi, le président Danilo Medina Sánchez a annoncé que les tests du COVID-19 se feront aux frais du gouvernement. Des règles sont cependant mises en place. Il faut d’abord une ordonnance. Les patients doivent présenter au moins deux symptômes ou avoir 59 ans au minimum. Ceux qui vivent avec certains problèmes de santé débilitants, considérés comme risqués, seront pris en considération.

D’après l’Institut d’études des politiques de santé, IEPS, basé à Rio de Janeiro, quand il s’agit des d’investir dans la santé, la République Dominicaine dépense 986 $ US par habitant avec 16 lits pour 10 000 habitants. Haïti affiche 146 $ US et 7 lits.

Mais avec une économie qui repose en grande majorité sur le tourisme, le Coronavirus peut assener un coup sévère à la République Dominicaine. « Plus le temps passe, plus la crise économique que [le pays va] affronter sera profonde», analyse l’économiste Miguel Ceara Hatton. « Si les exportations touristiques et la zone franche baissent de 75 % cette année, le taux de chômage 2020 doublerait par rapport à l’année dernière.»

Hervia Dorsinville

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Hervia Dorsinville
Journaliste résolument féministe, Hervia Dorsinville est étudiante en communication sociale à la Faculté des Sciences humaines. À Ayibopost, elle écrit sur les sujets de société, la culture et la technologie. Passionnée de mangas, de comics, de films et des séries science-fiction, elle travaille sur son premier livre.

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