AYIBOFANMCULTUREFREE WRITINGRECOMMENDEDSOCIÉTÉ

Murmures sur l’essentiel…

0

Réplique à la saga : 1- je-veux-votre-mari 2- mon-mari-je-le-garde, 3- votre-mari-ou-mon-homme ; 4- lettre-a-ma-maitresse-et-a-mon-epouse ; 5- pense-a-moi-papa

Ma chère fille,

Je sais que ces mots vont te surprendre surtout que le sujet est sensible autant pour toi que pour moi depuis quelque temps. C’est d’ailleurs pourquoi je m’adresse à toi par écrit, afin que ni toi, ni moi, ne nous laissions emporter par nos émotions.

« J’ai caché en moi ce malaise, cette honte, cette rivale en affichant un masque de sourire, croyant que ce ne serait qu’une passade, une tocade, une crise existentielle. J’ai cru à tort que ce qui liait ton père et moi était assez grand et assez fort pour effacer tous les faux pas et tout recommencer, ou même reprendre comme si de rien n’était. Même dans mes colères, au travers de mes mots blessants visant à lui faire mal, j’ai frappé sans le toucher, l’effleurant légèrement afin de lui faire sentir mon désarroi et la peine qu’il risquait d’infliger à notre famille. Mais mon cœur lui est resté fidèle au nom de toutes ces années. Une femme amoureuse, ma fille, sache-le, son cœur peut tout espérer. »

La période de l’adolescence est bien loin, mais je me souviens parfaitement du trouble que je ressentais face à certaines réactions venant des adultes, et surtout je déplorais leur silence. Tu dois te demander ce qui s’est passé : comment en sommes-nous arrivés là ? Ce sont des interrogations auxquelles je ne puis clairement te répondre en ce moment, étant moi-même en plein questionnement. Je ne veux pas te voir garder en ton cœur ce ressentiment qui a failli me miner. Je ne tiens pas à ce que tu en veuilles à ton père : dès ta naissance, tu as été son trésor le plus précieux. Ce n’est pas de toi dont il se sépare. Votre relation filiale ne doit donc pas pâtir de nos déboires matrimoniaux. Il est également facile d’en vouloir à cette femme qui s’est immiscée entre nous. Oui, au début, je lui en ai voulu. Car après tout, c’est le seul homme que j’aie jamais aimé, auprès duquel je voulais passer le reste de ma vie. Ah tu peux me croire, je lui en ai voulu, je l’ai maudite cette Jézabel. Combien de nuits ne me suis-je pas retrouvée recroquevillée à pleurer toutes les larmes de mon corps, mais j’ai fini par comprendre que rien ne retient la vague si elle veut aboutir sur d’autres rivages. Oui, elle n’a fait que prendre ce qui s’offrait bien à lui. C’est dur d’avouer ses échecs à son enfant, mais je pense qu’en tant que jeune fille, il est bon de lever le voile sur certains mystères de la vie.

Je prierai de tout mon cœur que jamais, tu ne te retrouves dans cette impasse que tant de couples traversent que l’on appelle l’infidélité. Je pensais qu’après treize années, ce lot quotidien des femmes haïtiennes me serait épargné, mais c’était me bercer d’illusions. Je refuse de croire que son infidélité fut une action découlant d’un certain manque au niveau de notre foyer. Nous avions tout pour être heureux. Mais son vice a parlé. Il n’a pas su peser le pour et le contre pour se rendre compte que ce que nous avions construit valait bien plus qu’une petite partie de jambes en l’air. Je me suis remise en question en tant que femme et partenaire. Oui, je suis même allée jusqu’à parler à celle qui s’immisçait entre nous. Je l’avoue, je suis descendue aussi bas au nom de mon désir de me battre pour mon homme… pour mon mariage… pour ma famille.

Pourtant, malgré tout, aucun regret ne m’envahit. J’ai battu le bon combat, celui de me sacrifier pour mon foyer. Mais il faut savoir quitter la table quand elle est desservie. Comme disait le renard du Petit Prince : C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose si importante. Alors non, je ne regrette nullement nos 13 années de bonheur qui m’ont donné TOI, ma fille.

Pour finir, je souhaite que tu comprennes ce qui m’a pris plus de temps que nécessaire. Être une femme, c’est être résilient. C’est se battre avec les armes que nous donne la vie tout en gardant notre dignité et notre force de caractère. J’accepte ma défaite la tête haute sachant que derrière certains échecs se cachent des opportunités. Je ne veux pas m’attacher à un homme incapable de me donner toute l’attention que je mérite… un homme qui délaisse le poids de notre vécu et des projets construits à deux pour des bras plus jeunes et frivoles à peine sortis de la puberté. C’est le genre de femme que je veux te donner en exemple. Une femme qui avance la tête haute malgré les aléas de la vie.

Alors tu m’excuseras, si je refuse de faire marche arrière lorsqu’il se rassasiera de cette jeunesse, car tu peux me croire : il s’en lassera. Les hommes se lassent toujours de leurs jouets. Comme le disait Moore : « On voyage autour du monde à la recherche de quelque chose et on rentre chez soi pour le trouver. » Malheureusement, ce foyer ne sera plus là à l’attendre : mes bras qui le réconfortaient quand son ego de mâle était mis à mal seront indisponibles.

Il est probable que les larmes pointeront du nez de temps en temps, mais je ferme la porte sur ces années de vie commune en paix. Ce sont des années où j’ai moi aussi négligé ma voix de femme au sein de ce mariage au nom des concessions. Je garderai nos souvenirs de bonnes années au creux de mon cœur, car ils font partie de la femme que je suis, mais en tout temps, rappelle-toi que ceci est mon combat et ma croix. Ne te disperse pas et continue de respecter ton père en tout temps.

Je voulais donc simplement te dire que je t’aime, et je suis sure que ton père t’aime lui aussi. En dépit du fait que notre histoire s’arrête là, nous restons à jamais tes parents…

Ta mère qui t’aime.

Commentaires

Meg
I am just a girl in love with coffee crossing life with her ups and downs. I prefer to let people have their own idea about who I am. I am also a humanitarian worker and I love to discover new culture and new people. I want my writing to touch people and make an impact in their life.

    Le “mare fache” des Etats-Unis avec Haïti

    Previous article

    Petit, tu veux devenir quoi quand tu seras grand ?

    Next article