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Je t’ai trompĂ©e…

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J’ai Ă  te parler, je veux me confesser. Je ne sais par oĂą commencer. J’espère seulement que tu me laisseras finir. Cela ne va ĂŞtre facile Ă  dire. Mais ce que je m’apprĂŞte Ă  avouer Ă©tait pourtant facile Ă  vivre. Non, je n’en suis fier mais je veux, avant tout, ĂŞtre sincère.

Calme-toi, je t’en prie. Je sais que tu essayes dĂ©jĂ  de deviner. Mais, c’est de loin plus compliquĂ© que ce que tu aurais pu t’imaginer. Cela fait dĂ©jĂ  un an que je me suis mis Ă  traverser des contrĂ©es avec celle que j’ai rencontrĂ©e. Je me suis plongĂ© dans une passion carcĂ©rale, lĂ -bas, au haut du Plateau Central.

D’abord, je n’avais pas prĂ©vu de l’approcher, et tu le sais. Nous nous sommes croisĂ©s uniquement pour des raisons professionnelles. Mes patrons et le destin ont voulu que je tombe sur elle. Moi, je ne voulais que travailler, je ne pensais qu’Ă  mon salaire. Mais dès notre premier regard, j’ai su que nous aurions bien plus Ă  faire. Alors je lui ai adressĂ© la parole, elle m’a souri. Elle m’a proposĂ© la suivre, j’ai dit oui. Je ne savais mĂŞme pas que cette frĂ©quentation avait un but. Je te le jure, je ne me doutais pas que c’Ă©tait le dĂ©but.

Tout changement commence par un premier pas. J’ai enchaĂ®nĂ© une danse dont j’ignorais les pas. Ma mère me l’a dit souvent: l’habitude, ça commence dès la première fois. Mais notre première fois Ă©tait de trop, il n’y a eu que des fois de plus. Je me suis jetĂ© Ă  l’eau et, Ă  chaque fois cela m’a plu.

Au point oĂą nous en sommes, je suis moi-mĂŞme Ă©tonnĂ©. Ensemble, nous faisions tout. Ensemble, nous Ă©tions fous. C’Ă©tait comme contracter une dette dont on ne saurait s’acquitter. Nous nous dĂ©voilions l’un Ă  l’autre dans des endroits oĂą la pudeur n’a pas Ă©tĂ© invitĂ©e. Nous nous sommes acceptĂ©s sans dire “oui”. Ensemble, nous avons percĂ© les secrets de la nuit. Si cela a dĂ©marrĂ© en un jour, j’ai l’impression qu’elle m’avait manquĂ©e depuis toujours.

Elle a pris soin de moi. Pendant un moment, je m’Ă©tais passĂ© de toi. Je ne t’avais pas oubliĂ©, mais avec elle je me sentais si liĂ©. Oui, ça m’a manquĂ© : tes dĂ©rapages, ton insouciance, ton agressivitĂ©… Mais j’ai succombĂ© Ă  sa sĂ©rĂ©nitĂ©, sa douceur, sa passivitĂ©. Ce qui m’a sĂ©duit, c’est son faux air d’urbanitĂ© tout en gardant les bases de sa ruralitĂ©. Était-ce un besoin d’Ă©quilibre? Peut-ĂŞtre! Mais avec elle, je me suis senti si libre.

Ne me demande pas ce que je lui trouve. Ce n’est pas moi, je n’ai rien cherchĂ©. Tout ce que j’ai fait, c’est l’approcher. Mais, il me fallait ce qu’elle m’a  donnĂ© et elle  voulait ce que j’ai apportĂ©. Elle a comblĂ© un vide. J’ai mouillĂ© son sol aride.

Je sais que tu vas me le demander, alors oui cela a durĂ©. D’ailleurs, honnĂŞtement, je ne pense mĂŞme pas que je peux m’arrĂŞter. Ca fait dĂ©jĂ  longtemps que je songe mĂŞme y habiter

 Oui, Port-au-Prince, je t’ai trompĂ©e. Je me suis amourachĂ© de la ville de Hinche. Durant des jours, durant des nuits,  je l’ai fait mienne… la “CitĂ© pĂ©raltienne”.

Steeve Bazile

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Steeve Bazile
Je suis Steeve Bazile, entrepreneur, journaliste, mais avant tout amateur de littérature. J’ai trouvé en cette dernière, un trésor surpassant toute forme d’intelligence : le bon sens. Le mien étant régulièrement aiguisé, je m’arroge donc de dire, de débattre, d’opiner, de contester, de questionner tout ce que je crois comprendre. Un érudit, dites-vous! Mais non, je ne suis qu’un profane… Le profane avisé!

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