Les médicaments distribués par des vendeurs sans formation sont exposés au soleil et à la poussière. Des produits retirés du marché sont également vendus devant le dernier grand hôpital public encore en activité à Port-au-Prince. Ces médicaments représentent un risque sérieux pour la santé des patients, alerte un spécialiste en pharmacologie
À quelques mètres de l’entrée de l’Hôpital Universitaire de la Paix, à Delmas 33, une vingtaine de mobile-homes, camionnettes et voitures alignés le long du trottoir servent de pharmacies de fortune.
Installés les uns contre les autres, ces commerces précaires témoignent à la fois des effets de l’insécurité et de l’informalité qui dominent une partie du secteur pharmaceutique en Haïti.
Cette situation soulève des préoccupations sanitaires liées à la qualité des médicaments, aux conditions de conservation des produits et à l’ampleur de l’informalité, selon des spécialistes au courant de la pratique contactés par AyiboPost.
Sous le soleil de midi, des boîtes de médicaments sont empilées derrière des vitres poussiéreuses, sans ordre apparent.

À quelques mètres de l’entrée de l’Hôpital Universitaire de la Paix, à Delmas 33, une voiture garée le long du trottoir sert de pharmacie de fortune. Photo Djouly Mombrun pour AyiboPost
Anglaison Désir, vendeur de médicaments, installe sa camionnette depuis deux ans à proximité de l’hôpital. L’homme dit ne pas être pharmacien ni professionnel de la santé, mais agit en autodidacte depuis cinq ans dans la vente de médicaments à l’informel.
« Il suffit seulement de bien lire la prescription du client ou même, sans prescription, l’aider à trouver le médicament qui lui convient selon ses besoins », explique Désir.
Sous la chaleur étouffante, les médicaments sont rangés dans des étagères de fortune. On y trouve des sirops contre la toux, des vitamines, des anti-inflammatoires, des antibiotiques, des comprimés pour l’hypertension ou le diabète, des seringues, des solutés et même de l’insuline.
À chaque passage de voiture, un nuage gris s’élève de la chaussée et se dépose sur les installations. À l’intérieur, des ventilateurs portables brassent l’air chaud.
« Parfois les gens arrivent avec une ordonnance, parfois ils demandent juste quelque chose pour la douleur », raconte Oswald Ryswick, assis à l’arrière de sa voiture, qui lui sert d’étal pour ses produits.
Sur place, le contraste est frappant.
Anglaison Désir, vendeur de médicaments, installe sa camionnette depuis deux ans à proximité de l’hôpital. L’homme dit ne pas être pharmacien ni professionnel de la santé, mais agit en autodidacte depuis cinq ans dans la vente de médicaments à l’informel.
D’un côté, l’un des principaux hôpitaux publics de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, censé offrir des soins encadrés par des normes sanitaires. De l’autre, une série de comptoirs précaires où des produits pharmaceutiques sont exposés à la chaleur, à la poussière et aux gaz d’échappement.
« Les conditions dans lesquelles ces médicaments sont vendus peuvent représenter un risque sérieux pour la santé des patients », alerte Ernst Vilsaint, spécialiste en pharmacologie.
Selon Vilsaint, une mauvaise conservation des médicaments peut d’abord entraîner une perte d’efficacité, rendant les traitements inopérants. Dans certains cas, ces produits peuvent également se dégrader, générer des substances potentiellement toxiques ou être contaminés par des bactéries.
Ce qui représente un risque supplémentaire pour la santé des patients, notamment pour des médicaments intraveineux, ou encore pour des médicaments dont le processus de conservation reste strict.
Dans des conditions normales, explique Ernst Vilsaint, les produits pharmaceutiques doivent être conservés dans des environnements contrôlés, à l’abri de la chaleur et de l’humidité.
Un rapport technique publié en 2011 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que les zones de réception et d’expédition des médicaments protègent les produits de la lumière directe du soleil, de la poussière, de la pluie et des températures extrêmes.
En réalité, la problématique ne date pas d’hier en Haïti. Malgré les dispositions légales, la vente informelle de médicaments s’est poursuivie au fil des années.
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La loi haïtienne qui régit le secteur pharmaceutique date de 1955. Selon l’article 6 de ce texte, seule une personne titulaire d’un diplôme de pharmacien délivré par l’État haïtien peut exercer la profession.
Mais ce texte est jugé dépassé et insuffisant face aux pratiques pharmaceutiques actuelles, tant en Haïti qu’à l’international, selon la Politique pharmaceutique nationale (PPN) publiée par le MSPP en septembre 2014.
« La majorité des boutiques pharmaceutiques en Haïti fonctionnent sans norme et sans contrôle de l’État », explique Ernst Vilsaint.
En Haïti, c’est la Direction de la pharmacie, du médicament et de la médecine traditionnelle (DPM/MT) au sein du MSPP qui est l’organe régulateur du secteur. Contactée par AyiboPost, une source au sein de l’institution, qui demande l’anonymat, affirme être au courant de la situation. Des démarches de régulation appropriées seront entreprises dans les prochains jours, dit-elle.

À quelques mètres de l’entrée de l’Hôpital Universitaire de la Paix, à Delmas 33, une voiture garée le long du trottoir sert de pharmacie de fortune. Photo Djouly Mombrun pour AyiboPost
Pour l’exercice fiscal 2025-2026, un total de 203 établissements pharmaceutiques privés sont autorisés sur tout le territoire national par le MSPP. Une liste qui inclut à la fois pharmacies, grossistes distributeurs et agences d’importation des produits pharmaceutiques, ainsi que des laboratoires.
« C’est une situation très préoccupante compte tenu des milliers d’établissements pharmaceutiques fonctionnels en Haïti », soutient Vilsaint.
Des départements comme le Sud-Est et le Nord-Ouest n’ont aucune pharmacie autorisée, toujours selon cette liste.
Certains vendeurs rencontrés sur place par AyiboPost expliquent que leurs pharmacies ont été incendiées par des gangs à la rue Monseigneur Guilloux, au bas de la ville, près de l’Hôpital général. Plusieurs disent avoir pu récupérer une partie de leur stock et le réinstaller dans leur nouvel emplacement, à Delmas 33, tandis que d’autres affirment avoir dû recommencer à zéro.

L’entrée de l’Hôpital Universitaire de la Paix, à Delmas 33,. Photo Djouly Mombrun pour AyiboPost
« Quand les bandits ont commencé à attaquer la zone, ils ont brûlé et tout pillé sur leur passage », explique Daphnée Léandre, professionnelle en laboratoire médical et propriétaire de Natha-Pharma.
Les camionnettes stationnées devant l’Hôpital universitaire de la Paix sont devenues leur solution de survie. « Ce n’est pas facile, mais au moins on peut continuer à gagner notre pain », explique Emile, propriétaire de « Pharmacie 264 » à la rue Monseigneur Guilloux.
Malgré ces conditions précaires, l’activité continue toute la journée, sans supervision ni contrôle de l’État.
Des lots de produits retirés du marché international pour des préoccupations de contamination, comme le lait infantile de l’entreprise Danone « Gallia », se vendent en quantité dans plusieurs des mobile-homes.
Un rapport technique publié en 2011 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que les zones de réception et d’expédition des médicaments protègent les produits de la lumière directe du soleil, de la poussière, de la pluie et des températures extrêmes.
Autour des kiosques, les clients se succèdent. Une femme sortant de l’hôpital avec une prescription médicale à la main s’arrête devant une camionnette et tend la feuille au vendeur. Quelques minutes plus tard, elle repart avec deux petites boîtes de médicaments dans un sac plastique.
« Souvent [les médicaments ne sont pas disponibles] à l’intérieur de l’hôpital », dit-elle. « Alors on vient les acheter dehors. » La femme explique que son fils, souffrant de gastrite, se trouve à l’intérieur du centre.
La proximité entre les pharmacies ambulantes et l’établissement hospitalier attire une clientèle constante. Pour les vendeurs, l’emplacement est stratégique.
Malgré l’absence de contrôle et d’autorisation de l’État, la majorité des vendeurs affirment payer une contribution à la mairie pour occuper leur emplacement. « Je paie 125 000 gourdes à la mairie pour garder cette place », affirme Léandre.
Un tag d’autorisation de la mairie de Delmas leur est visiblement apposé, tandis que la majorité ne présente ni patente visible ni indication de licence pharmaceutique.
Par : Lucnise Duquereste
Couverture |À quelques mètres de l’entrée de l’Hôpital Universitaire de la Paix, à Delmas 33, deux mobile-homes alignés le long du trottoir servent de pharmacies de fortune. Photo Djouly Mombrun pour AyiboPost
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